L’audacieux du mois de février : Guillaume Reisacher

« J’aime vraiment cette idée de me dire qu’on peut avoir plusieurs vies dans une vie, et particulièrement plusieurs vies professionnelles. »

« J’ai la chance d’habiter actuellement sur le continent de tous les possibles: Il y a en Afrique des talents absolument formidables qui ne demandent qu’à émerger et à changer les choses ».

Quand je vous parlais diaspora dans un précédent article…

Mon audacieux du mois de février n’est pas originaire de la diaspora mais a choisi l’Afrique, tout comme ceux qui y ont leurs racines et ont fait ce choix que j’ai qualifié d’audacieux. ( Voir article https://leclubdesaudacieux.com/2017/12/06/retour-de-la-diaspora-ces-audacieux/).

Il s’agit de Guillaume REISACHER, 26 ans, célibataire, Actuellement à Yaoundé au Cameroun depuis bientôt 6 mois, après avoir vécu 4 ans à Cotonou au Bénin.

Cet alsacien a été attiré par le Bénin lors d’une mission de 3 mois dans un orphelinat au nord, dans la petite ville de Natitingou.

Son parcours est très enrichissant tant au niveau universitaire que professionnel: Obtention d’un Bac S à Strasbourg,  licence en droit et études européennes à l’Université de Strasbourg pendant deux ans; Parcours ERASMUS à l’Université d’Exeter au Royaume-Uni. A son retour du Royaume-Uni, il a été reçu à la deuxième promotion d’un nouveau double-diplôme entre HEC Paris et l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Pendant trois ans. Il a étudié le droit des affaires et la fiscalité à la Sorbonne, de même que les fondamentaux du commerce à HEC. Pendant son année de césure entre le M1 et le M2, il a effectué un stage de 6 mois dans un cabinet d’avocats d’affaires américain à Paris, puis est parti en mission avec Action pour le Bénin, à Natitingou.

Son parcours professionnel au Bénin débute par son inscription en co-tutelle internationale de thèse, avec comme codirecteur le Professeur Joseph DJOGBENOU, actuel Garde des Sceaux du Bénin, pour l’Université d’Abomey-Calavi et le Professeur François-Xavier LUCAS, pour l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne.

Après avoir travaillé pendant environ deux ans au Cabinet d’avocats DJOGBENOU, il a été nommé Chargé de Mission de Lionel ZINSOU lorsqu’il était Premier Ministre du Bénin.

Après la défaite de ce dernier à la course à la présidentielle face à Patrice TALON, il a poursuivi son travail au Ministère du Plan et du Développement aux côtés d’Abdoulaye BIO TCHANE, actuel Ministre d’État chargé du Plan et du Développement du Bénin.

Sa curiosité et son audace l’ont par la suite conduit au Cameroun. Après presque 4 années au Bénin,  il décide alors de rejoindre l’Agence Française de Développement à Yaoundé où il travaille depuis maintenant bientôt 6 mois en tant que chargé des projets de Gouvernance, Justice et Climat des affaires.

Le club des audacieux: Pourquoi aviez-vous décidé de vous installer au Bénin?

Guillaume Reisacher: Lorsque je suis arrivé pour la première fois au Bénin en juin 2013, je n’avais aucune idée de l’endroit où j’allais atterrir. En effet, je n’avais jamais mis  pied en Afrique et l’image du continent que renvoyaient les médias ne laissait pas présager un attachement particulier au pays(à tord!)

Après quelques semaines en mission à Natitingou dans le nord du Bénin, j’ai très vite compris que quelque chose de fort se passait : La culture, les gens, les odeurs, les couleurs etc. Tout me plaisait et je me sentais vraiment très bien. A l’époque je n’avais pas encore terminé mes études et j’habitais à Paris. Trop de stress, trop de monde, la vie parisienne ne m’a jamais vraiment plu mais étant étudiant à la Sorbonne, je n’avais le choix. Je suis donc rentré à Paris terminer mes études et dès que l’occasion s’est présentée, je suis reparti au Bénin faire mon stage de fin d’études au cabinet d’avocats DJOGBENOU.

le CA: Pourquoi avoir alors quitté le Bénin pour le Cameroun

GR: Essentiellement pour des raisons professionnelles. Je me sentais vraiment très bien au Bénin et c’est à contrecœur que je suis parti. Néanmoins j’ai pensé que pour acquérir une expérience professionnelle supplémentaire dans une autre partie de l’Afrique, il était important pour moi de partir. Mais ce n’est qu’un au revoir, certainement pas un adieu (sourire).

Le CA: Comment vous êtes-vous lancé dans votre domaine actuel?

GR: J’aime vraiment cette idée de me dire qu’on peut avoir plusieurs vies dans une vie, et particulièrement plusieurs vies professionnelles.

En effet, au vu de mon parcours, j’avance au gré des opportunités. Hier j’étais au Bénin, aujourd’hui au Cameroun et dans quelques temps probablement ailleurs.  Je me pose sans cesse beaucoup de questions, et finalement je ne sais pas de quoi demain sera fait. J’avais des envies d’ailleurs. Pour moi il était important d’avoir une expérience dans un autre pays. De plus, voulant poursuivre mon aventure en Afrique, j’ai pensé qu’il était très intéressant d’acquérir une expérience chez un Partenaire Technique et Financier (PTF) comme l’AFD. C’est pour cette raison que je suis finalement parti.

Le CA: Est-ce que vous regrettez votre vie en Europe ? Qu’est-ce qui vous manque ?

GR: Très honnêtement, je ne regrette pas du tout ma vie en Europe. J’ai très tôt fait le choix de venir m’installer en Afrique et cela me convient parfaitement. Néanmoins, je dois bien avouer qu’il est important pour moi de pouvoir rentrer régulièrement en France, non seulement pour voir la famille et les amis, mais également pour des raisons professionnelles. On peut juger que ce n’est pas optimal mais force est de constater que beaucoup de choses qui touchent à l’Afrique se déroulent encore en France et de ce fait il est important, si on souhaite y prendre part, de pouvoir rentrer en France régulièrement. Peu de choses me manquent en Afrique. La seule, difficile c’est l’éloignement avec les proches, les amis et la famille. Beaucoup de bons moments auxquels on assiste pas: Mariages, baptêmes, repas de famille etc. Et ce n’est pas toujours facile.

Pour le reste, je compte sur mes amis pour me rapporter un peu de fromage lorsqu’ils viennent me rendre visite ! (sourire)

Le CA: Quand vous comparez l’Afrique et l’Europe, qu’est-ce que vous retrouvez en Afrique de vous n’aviez pas trouvé en Europe ?

GR: Les deux continents sont tellement différents qu’il est même difficile de comparer. Pour répondre à votre question, je crois que pour moi la vraie différence se fait sur le terrain des valeurs. Je retrouve en Afrique certaines valeurs qui aujourd’hui ont tendance à disparaitre en Europe. Par exemple à la solidarité, au sein de la famille notamment. Je trouve les Africains extrêmement solidaires entre les membres de leur famille : Les plus jeunes s’occupent des anciens et il n’est pas question de les laisser dans des maisons de retraite, qui d’ailleurs n’existent presque pas.

Plus généralement, je trouve que les étrangers sont particulièrement bien accueillis en Afrique. C’est vrai que cela peut raisonner comme un cliché mais toutes les fois où j’ai été accueilli dans des familles, parfois très pauvres, j’ai toujours été reçu avec une simplicité et une générosité hors du commun.

D’un point de vue professionnel, je trouve qu’il y a en Afrique, chez les jeunes notamment, une vraie soif d’entreprendre! Les idées fourmillent dans tous les sens pour améliorer la vie des populations et c’est justement le rôle des différents gouvernements de faciliter toutes ces initiatives afin de permettre aux start-up et aux nombreux talents d’émerger.

Le CA: L’art de vivre en Afrique, pour vous ce serait quoi ?

GR: En premier lieu, je dirais le partage. J’ai un très bon ami au Bénin qui vient d’un petit village près de Porto-Novo, appelé Dangbo, il est issu d’une famille relativement nombreuse car il est le seul garçon d’une famille de 7 enfants. Son père était instituteur et sa mère, revendeuse. Dès la première fois où je suis allé leur rendre visite, j’ai été considéré comme un membre de la famille : Il n’y a pas une fois où sa mère ne s’est pas pliée en quatre pour me recevoir et me servir de bons petits plats. Ils m’accueillent sans réserve et c’est ça pour moi l’Afrique, le sens du partage et la convivialité.

Ensuite, l’art de vivre en Afrique pour moi est indissociable du wax et plus généralement du pagne ! En effet, je suis un grand fan de toutes ces couleurs et de tous ces motifs. Si vous pouviez voir ma penderie, vous comprendrez  mieux (sourire) ! J’ai de très nombreux modèles cousus par mes amis couturiers, je ne m’en lasse jamais !

Enfin, je ne peux pas laisser de côté la musique et la danse qui rythment la vie de nombreux Africains. Que cela soit avec Angélique Kidjo au Bénin ou Talla André Marie au Cameroun, la musique et la danse sont omniprésents.

Le CA: Qu’est- ce qui vous motive au quotidien ?

GR: Beaucoup de choses me motivent au quotidien mais je pense que si je devais en retenir qu’une seule, ça serait probablement l’envie de faire bouger les lignes. J’ai la chance d’habiter actuellement sur le continent de tous les possibles: Il y a en Afrique des talents absolument formidables qui ne demandent qu’à émerger et à changer les choses. J’épouse depuis longtemps l’idée d’Afro-optimisme portée par Lionel Zinsou. Je crois en effet que le continent africain est aujourd’hui celui des opportunités et des succès même s’il existe encore de nombreux obstacles à soulever. Je dirais donc que ce qui motive c’est de participer chaque jour à la mutation du continent !

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Pour le contacter

https://www.facebook.com/Guillaume.Reisacher

https://www.linkedin.com/in/guillaumereisacher/

Merci, d’avoir pris le temps de participer à cette interview. Bonne continuation dans vos multiples projets et ambitions.

Elsie.

3 commentaires sur “L’audacieux du mois de février : Guillaume Reisacher

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